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Mar?a. Fran?ais
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Isaacs Jorge

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Au bout de quelques minutes, apres avoir soigneusement remis en place le livre de comptes dans lequel il ecrivait, il s'est approche de mon siege et, a voix basse, a pris la parole :

–J'ai voulu que ta mere assiste a cette conversation, car il s'agit d'un sujet grave sur lequel elle a la meme opinion que moi.

Il se dirigea vers la porte pour l'ouvrir et jeter le cigare qu'il fumait, et continua ainsi :

–Vous etes chez nous depuis trois mois, et ce n'est qu'apres deux autres que M. A*** pourra commencer son voyage en Europe, et c'est avec lui que vous devez partir. Ce retard, dans une certaine mesure, ne signifie rien, tant parce qu'il nous est tres agreable de vous avoir pres de nous apres six ans d'absence, pour etre suivi par d'autres, que parce que je constate avec plaisir que meme ici, l'etude est l'un de vos plaisirs favoris. Je ne vous cache pas, et je ne dois pas le faire, que j'ai concu de grands espoirs, d'apres votre caractere et vos aptitudes, que vous couronnerez d'eclat la carriere que vous vous appretez a parcourir. Vous n'ignorez pas que la famille aura bientot besoin de votre appui, et d'autant plus apres la mort de votre frere.

Puis, apres une pause, il poursuit :

–Il y a dans votre conduite quelque chose qui, je dois vous le dire, n'est pas juste ; vous n'avez que vingt ans, et a cet age un amour inconsiderement entretenu pourrait rendre illusoires toutes les esperances dont je viens de vous parler. Vous aimez Maria, et je le sais depuis bien des jours, comme il est naturel. Maria est presque ma fille, et je n'aurais rien a observer si votre age et votre position nous permettaient de songer a un mariage ; mais ce n'est pas le cas, et Maria est tres jeune. Ce ne sont pas la les seuls obstacles qui se presentent ; il y en a un qui est peut-etre insurmontable, et il est de mon devoir de vous en parler. Mary peut vous entrainer, et nous avec, dans un malheur lamentable dont elle est menacee. Le docteur Mayn ose presque assurer qu'elle mourra jeune de la meme maladie que celle a laquelle sa mere a succombe : ce dont elle a souffert hier est une syncope epileptique qui, prenant de l'ampleur a chaque acces, se terminera par une epilepsie du pire caractere que l'on connaisse : c'est ce que dit le docteur. Vous repondez maintenant, avec beaucoup de reflexion, a une seule question ; repondez-y comme l'homme rationnel et le gentleman que vous etes ; et ne laissez pas votre reponse etre dictee par une exaltation etrangere a votre caractere, en ce qui concerne votre avenir et celui des votres. Tu connais l'avis du medecin, avis qui merite le respect parce que c'est Mayn qui le donne ; le sort de la femme de Salomon t'est connu : si nous y consentions, epouserais-tu Marie aujourd'hui ?

Oui, monsieur", ai-je repondu.

Voulez-vous prendre tout cela en compte ?

–Tout, tout !

–Je pense que je ne m'adresse pas seulement a un fils, mais au gentleman que j'ai essaye de former en vous.

A ce moment, ma mere cacha son visage dans son mouchoir. Mon pere, emu peut-etre par ces larmes, et peut-etre aussi par la resolution qu'il trouvait en moi, sachant que sa voix allait lui manquer, cessa de parler pendant quelques instants.

Eh bien, continua-t-il, puisque cette noble resolution vous anime, vous conviendrez avec moi que vous ne pouvez etre l'epoux de Maria avant cinq ans. Ce n'est pas a moi de vous dire qu'elle vous a aime des son enfance, qu'elle vous aime tant aujourd'hui, que des emotions vives, nouvelles pour elle, sont ce qui, selon Mayn, a fait apparaitre les symptomes de la maladie : c'est-a-dire que votre amour et le sien ont besoin de precautions, et que j'exige que vous me promettiez desormais, dans votre interet, puisque vous l'aimez tant, et dans le sien, de suivre les conseils du docteur, donnes pour le cas ou ce cas se presenterait. Vous ne devez rien promettre a Marie, car la promesse d'etre son mari apres le delai que j'ai fixe rendrait vos rapports plus intimes, ce qui est precisement ce qu'il faut eviter. D'autres explications vous sont inutiles : en suivant cette voie, vous pouvez sauver Marie, vous pouvez nous epargner le malheur de la perdre.

–En echange de tout ce que nous vous accordons, dit-il en se tournant vers ma mere, vous devez me promettre ce qui suit : ne pas parler a Maria du danger qui la menace, ni lui reveler quoi que ce soit de ce qui s'est passe entre nous ce soir. Vous devez aussi savoir ce que je pense de votre mariage avec elle, si sa maladie devait persister apres votre retour dans ce pays – car nous allons bientot etre separes pour quelques annees : en tant que votre pere et celui de Maria, je n'approuverais pas une telle liaison. En exprimant cette resolution irrevocable, il n'est pas superflu de vous faire savoir que Salomon, dans les trois dernieres annees de sa vie, a reussi a former un capital d'une certaine importance, qui est en ma possession et qui est destine a servir de dot a sa fille. Mais si elle meurt avant son mariage, il devra passer a sa grand-mere maternelle, qui se trouve a Kingston.

Mon pere resta quelques instants dans la piece. Croyant notre entretien termine, je me levai pour me retirer ; mais il reprit son siege et, designant le mien, il reprit son discours en ces termes.

–Il y a quatre jours, j'ai recu une lettre de M. de M*** me demandant la main de Maria pour son fils Carlos.

Je n'ai pas pu cacher ma surprise a ces mots. Mon pere sourit imperceptiblement avant d'ajouter :

–M. de M*** vous donne quinze jours pour accepter ou non sa proposition, pendant lesquels vous viendrez nous faire la visite que vous m'avez deja promise. Tout vous sera facile apres ce qui a ete convenu entre nous.

Bonne nuit, dit-il en me posant chaleureusement la main sur l'epaule, puissiez-vous etre tres heureux dans votre chasse ; j'ai besoin de la peau de l'ours que vous tuerez pour la mettre au pied de mon lit de camp.

D'accord", ai-je repondu.

Ma mere m'a tendu la main et m'a pris la mienne :

–Nous vous attendons plus tot que prevu ; attention aux animaux !

Tant d'emotions avaient tourbillonne autour de moi au cours des dernieres heures que j'avais du mal a les percevoir toutes, et il m'etait impossible de faire face a cette situation etrange et difficile.

Marie menacee de mort ; promise ainsi en recompense de mon amour, par une absence terrible ; promise a condition de l'aimer moins ; moi oblige de moderer un amour si puissant, un amour a jamais possede de tout mon etre, sous peine de la voir disparaitre de la terre comme une des beautes fugitives de mes reveries, et d'avoir desormais a paraitre ingrat et insensible peut-etre a ses yeux, uniquement par une conduite que la necessite et la raison me forcaient d'adopter ! Je ne pouvais plus entendre ses confidences d'une voix emue ; mes levres ne pouvaient plus toucher meme l'extremite d'une de ses tresses. A moi ou a la mort, entre la mort et moi, un pas de plus vers elle serait la perdre ; et la laisser pleurer dans l'abandon etait une epreuve au-dessus de mes forces.

Lache coeur ! tu n'as pas ete capable de te laisser consumer par ce feu qui, mal cache, pouvait la consumer ? Ou est-elle maintenant, maintenant que tu ne palpites plus ; maintenant que les jours et les annees passent sur moi sans que je sache que je te possede ?

Executant mes ordres, Juan Angel a frappe a la porte de ma chambre a l'aube.

–Comment se passe la matinee ? demandai-je.

–Mala, mon maitre, il veut pleuvoir.

–Bien. Va a la montagne et dis a Jose de ne pas m'attendre aujourd'hui.

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